Sérapis sur les gemmes et les bijoux antiques

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Richard Veymiers

Ἵλεως τῷ φοροῦντι. Sérapis sur les gemmes et les bijoux antiques

Académie royale de Belgique

L’absence d’un corpus rassemblant gemmes, empreintes de sceau et bijoux à type isiaque constitue une lacune qu’il convient de combler pour mieux saisir le succès qu’ont connu les cultes isiaques dans le monde gréco-romain. Face à une telle entreprise, il fallut nous imposer certaines limites et renoncer à l’utopie de l’exhaustivité. C’est pourquoi nous avons restreint notre champ d’investigation à une des figures maîtresses du cercle isiaque, à savoir Sérapis.

Objets d’un certain luxe qui traversent les siècles, les pierres gravées et bijoux ornés de la figure de Sérapis sont très nombreux. Ce premier recensement en a fourni plus de 800 exemplaires dispersés dans une bibliographie aussi variée qu’abondante et d’accès parfois difficile. Une telle profusion nous a conduit à mener une enquête à dominante thématique. Au fil de cinq chapitres, comprenant parfois de nombreuses subdivisions, nous avons envisagé toutes les possibilités d’images de Sérapis : en buste, trônant, debout, qu’il soit seul, accompagné ou assimilé à d’autres divinités.

L’iconographie du dieu y apparaît beaucoup plus riche, beaucoup plus complexe qu’on ne l’a généralement cru. La conception traditionnelle « d’un dieu toujours vénéré comme un maître des ombres trônant ayant à ses côtés le Cerbère infernal » apparaît aujourd’hui réductrice et même ahistorique. Être polymorphe ouvert aux procédés d’équivalence et de syncrétisme, Sérapis a joui de plusieurs types iconographiques qui ont coexisté dans divers lieux et se sont succédés à travers le temps. Non contraints par une religion à caractère dogmatique, les artistes ont de plus disposé d’une grande liberté dans le mode de présentation et l’application des attributs. D’images en images, Sérapis présente ainsi des apparences variées qui reflètent les multiples facettes de sa personnalité divine. Il est le souverain universel, le Kosmokrator omnipotent, le moteur de tous les phénomènes naturels et le père des dieux et des hommes. Cette tendance universaliste débouche finalement sur un hénothéisme qui fait de Sérapis un être unique, une divinité panthée dont les autres dieux ne sont que des sortes d’hypostases.

Cette toute puissance, Sérapis la met au service des souverains les plus grands comme des gens les plus humbles. Cette préoccupation humaine explique le succès rencontré par Sérapis sur les objets d’usage privé que sont les gemmes et les bijoux. Ces documents s’inspirent souvent d’une iconographie utilisée dans le domaine public et officiel. Parfois, quelques « fantaisies » s’expliquent par une mauvaise compréhension des détails ou sont intentionnelles pour exprimer des sentiments personnels. Lorsque l’objet revêt un caractère magique, la figure divine s’entoure des motifs les plus efficaces afin de répondre à un besoin de protection.

Gemmes et bijoux affirment, beaucoup plus clairement que d’autres types de documents, la confiance personnelle des fidèles en un dieu bienveillant et réconfortant qui "écoute" les détresses humaines et garantit une aide secourable en cette vie ainsi que le salut après la mort. Bienfaiteur du genre humain, Sérapis se devait d’apporter santé et richesse à ses adeptes et de les prémunir contre tous les mauvais coups du sort.

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